Angles morts statistiques

Ce que les données ne disent pas

Le Fil des Soins met en forme des statistiques publiques. Or une part importante de la réalité des soins échappe, par construction, à ces bases : certaines par choix de protection (anonymat, secret statistique), d'autres parce qu'aucun dispositif ne les mesure. Nous documentons ici ces angles morts, parce qu'une absence de donnée est en elle-même une information - et qu'afficher un chiffre sans dire ce qu'il ne couvre pas serait trompeur.

Les erreurs médicales graves ne sont pas classables par établissement

Les événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) sont déclarés à la Haute Autorité de santé et à Santé publique France, mais leur restitution est nationale ou régionale, et anonymisée. Ce n'est pas une lacune de notre part : le dispositif de déclaration repose sur la confiance et l'analyse des causes, pas sur la sanction. Un classement des établissements par nombre d'erreurs déclarées serait à la fois impossible (les données ne le permettent pas) et contre-productif (il découragerait la déclaration). Nous ne le proposons donc pas, et aucun de nos indicateurs ne doit être lu comme une mesure du risque d'erreur.

L'activité non remboursée est presque invisible

L'essentiel des statistiques d'activité et d'honoraires de la médecine de ville vient de l'Assurance Maladie : elle ne voit que ce qui passe par le remboursement. Les médecines non conventionnées - ostéopathie, chiropraxie et autres pratiques à usage de titre - n'émettent pas de feuille de soins remboursée. Depuis leur intégration au répertoire RPPS (2024), nous pouvons compter les praticiens et mesurer leur densité par territoire, mais ni leur volume d'activité, ni leurs tarifs, ni aucun indicateur de qualité ne sont documentés publiquement. L'offre est visible ; le reste ne l'est pas.

La qualité de la médecine de ville n'est quasiment pas mesurée

L'hôpital dispose d'indicateurs de qualité et de sécurité publiés par établissement (satisfaction des patients e-Satis, certification, hygiène des mains). Rien d'équivalent n'existe en accès libre pour un cabinet de ville, un médecin généraliste ou un spécialiste libéral. Pour la ville, nous affichons donc des données d'offre (effectifs, densité, secteurs de conventionnement, honoraires moyens) mais aucun indicateur de qualité : il n'y en a pas de public, et nous n'en inventons pas.

Le secret statistique masque les petits effectifs

Pour empêcher de ré-identifier une personne ou un praticien, les producteurs de données masquent ou ne publient pas les valeurs portant sur de très petits effectifs. Une case vide (« n.d. » ou « · » sur nos pages) peut donc signifier « donnée protégée » plutôt que « zéro ». Nous distinguons systématiquement ces deux cas et ne remplaçons jamais une donnée manquante par un zéro : un département sans ophtalmologue libéral et un département où l'effectif est masqué ne racontent pas la même histoire.

Le renoncement et les délais d'accès ne sont pas dans ces bases

La densité de praticiens pour 100 000 habitants mesure une offre théorique, pas un accès réel. Les délais d'obtention d'un rendez-vous, le renoncement aux soins pour raisons financières ou géographiques, la saturation des cabinets qui ne prennent plus de nouveaux patients : ces réalités, pourtant décisives pour un patient, ne figurent pas dans les répertoires administratifs que nous agrégeons. Une densité élevée n'est donc pas une garantie d'accès.

Les données regardent le passé

Chaque source a son propre calendrier : une enquête annuelle est publiée avec un à deux ans de décalage, un recueil de qualité peut dater de plusieurs années, un répertoire de professionnels reflète les inscriptions à une date d'extraction donnée. Nous datons chaque indicateur au plus près du chiffre. Un établissement ou un territoire a pu évoluer depuis : ces statistiques décrivent une photographie, pas la situation d'aujourd'hui.

Pour le détail des sources, définitions et années retenues, voir la méthodologie. Une donnée vous semble erronée ou mal interprétée ? Signalez-la nous.